Analyse | L’optimisme de Doug Ford
Fraîchement réélu avec une forte majorité, Doug Ford se voit encore une fois forcé de rédiger un budget de temps de crise. Il s’en est remis à sa stratégie préférée : voler au secours des entreprises, en plus de quelques mesures ciblées pour les particuliers, le tout en se privant de toujours plus de sources de revenus. Mais jusqu’à quand cette approche fonctionnera-t-elle?
Les documents budgétaires étaient jalousement gardés dans les tiroirs du ministère des Finances depuis des semaines. On voulait ainsi éviter que les mesures qu’ils contiennent fuitent dans les médias et influencent indûment les marchés.
Il suffisait pourtant de tendre l’oreille pour apprendre à quel point la province comptait dépenser. Pas plus tard que mardi, Doug Ford affirmait qu’une crise économique est le pire moment pour faire des compressions.
Dans un budget, on peut couper et trancher, mais je n’y ai jamais cru. Quand les temps sont durs, il faut mettre de l’argent dans les infrastructures, [...] dans l’économie.

En temps de crise, il faut construire, croit Doug Ford. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Chris Young
Résultat : 200 milliards de dollars en nouvelles dépenses sur les 10 prochaines années. Comme Mark Carney à Ottawa, le premier ministre ontarien veut injecter de l’argent dans l’économie à l’aide d’énormes projets de construction d'hôpitaux et d’autoroutes.
D’habitude plutôt frileux à l’idée d’intervenir directement, Doug Ford jette la prudence fiscale au vent et dépensera massivement pour stimuler l’économie.
Allègement fiscal pour les entreprises
Les entreprises ontariennes à la recherche d’une lueur d’espoir y trouveront aussi un peu de répit : le report de paiement des impôts jusqu’au mois d’octobre, même si elles auraient déjà dû s’en acquitter le 1er avril dernier. Une mesure qui coûtera 9 milliards de dollars aux contribuables, et qui force la province à emprunter en attendant de percevoir ces impôts.

VIDÉO : Le budget de l'Ontario en 4 points importants
Photo : La Presse canadienne / Arlyn McAdorey
Pour éviter d’avoir à licencier leurs employés, les entreprises touchées par les tarifs douaniers américains pourront également puiser dans un fonds d’urgence de 5 milliards de dollars, mais seulement lorsque toutes les autres sources de revenus seront épuisées.

L'industrie automobile en Ontario connaît déjà des ralentissements depuis l'entrée en vigueur des tarifs douaniers américains. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Doug Ford offre également du répit aux familles qu’il a toujours bien traitées par le passé : celles qui circulent en voiture dans le Grand Toronto. La portion provinciale de la taxe sur l'essence est réduite à tout jamais, les péages sur la partie publique de l’autoroute 407 disparaissent.
Autre grand classique : le marché de l’alcool. La province élimine ou réduit certains frais et impôts pour donner un coup de pouce aux producteurs de vin, de bière et de spiritueux ontariens. Pendant ce temps, les revenus de la LCBO fondent comme neige au soleil : le gouvernement prévoit des recettes de 1,85 milliard $ en 2025-2026, soit 600 millions $ de moins qu’il y a trois ans.

Le retrait de l'alcool américain des tablettes a aussi entamé les recettes de la LCBO. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
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Tout repose sur l’économie
Le calcul est toujours le même : l’argent ainsi économisé pourra être dépensé par les particuliers et les entreprises, ce qui crée plus d’emplois et fait croître l’économie. Des contribuables plus riches donnent un trésor public plus garni. C’est ainsi que la province prévoit à nouveau atteindre l’équilibre budgétaire en 2027-2028.
Le hic, c’est que le gouvernement se base sur une projection économique plutôt optimiste pour en arriver à cette conclusion. Même le scénario le plus alarmiste envisage une croissance économique. Au ralenti, certes, mais tout de même une croissance.
Mais que se passera-t-il au moment où l’incertitude engendrée par le protectionnisme agressif de Donald Trump affaiblira l’économie canadienne? En pleine récession, les entreprises vont-elles faire le pari de croître en investissant davantage? Les salaires des gens vont-ils vraiment augmenter?
Si la réponse est non, le déficit budgétaire prévu de 14,6 milliards de dollars risque bien de dépasser celui de 2010, le plus élevé de l’histoire ontarienne à 19,3 milliards $, lorsque la province peinait encore à se relever de la crise économique.

Il est essentiel de faire des investissements pour stimuler l'économie et contrecarrer les effets des tarifs douaniers de Donald Trump, dit le ministre des Finances de l'Ontario, Peter Bethlenfalvy. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
En conférence de presse jeudi, le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, n’a pas semblé s’en inquiéter.
Je suis un optimiste, on va faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter un ralentissement économique
, a-t-il dit.
Faire croître l’économie tout en étant responsable fiscalement, voilà à quoi ressemble un gouvernement conservateur responsable.
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